Les terrasses des Andes : quand les hommes façonnent la montagne
06/11/2026
Les terrasses des Andes : quand les hommes façonnent la montagne
Lorsque l’on voyage dans les Andes, certaines montagnes semblent couvertes de gigantesques escaliers. Sur les pentes, des centaines de bandes horizontales suivent les courbes du relief, parfois sur plusieurs kilomètres. Dans le canyon de Colca, autour de Cusco ou sur les hauts plateaux du Sud Pérou, ces terrasses font partie intégrante du paysage. Pourtant, elles ne sont pas naturelles. Elles sont le résultat de générations de travail humain.
Ce phénomène n’est d’ailleurs pas propre aux Andes. En Europe aussi, les sociétés rurales ont profondément transformé les montagnes pour pouvoir les cultiver : terrasses viticoles de l’Ardèche, cultures en terrasses du Valais en Suisse, paysages agricoles des Alpes… Partout, les populations ont dû adapter leurs pratiques aux reliefs qui les entouraient.
Alors pourquoi les terrasses sont-elles si nombreuses dans les Andes ? Comment ont-elles été construites ? À quoi servaient-elles ? Sont-elles encore utilisées aujourd’hui ? Et pourquoi certaines ont-elles été abandonnées ?

Des terrasses pour cultiver la montagne
La première fonction des terrasses andines est évidemment agricole. Mais leur rôle ne se limite pas à créer des surfaces horizontales sur des pentes. Dans une grande partie des Andes, les terrains plats sont rares. Les vallées peuvent être étroites et les versants particulièrement abrupts. Pour augmenter les surfaces cultivables, les populations ont donc progressivement aménagé les pentes en créant une succession de parcelles soutenues par des murs de pierre. Cette transformation permet d’abord de gagner de la surface agricole là où elle serait autrement difficile, voire impossible, à exploiter.
Les terrasses jouent également un rôle essentiel dans la lutte contre l’érosion. Lors des épisodes de pluie, l’eau qui descend une pente peut emporter une quantité considérable de terre. Les murs de soutènement ralentissent son écoulement et permettent de retenir les sols.
La gestion de l’eau constitue une autre fonction fondamentale. Une terrasse bien conçue permet de ralentir, répartir et infiltrer l’eau plutôt que de la laisser dévaler directement la pente. Certaines sont associées à des systèmes d’irrigation particulièrement élaborés.
Enfin, l’aménagement du relief peut créer des conditions microclimatiques différentes de celles de la montagne environnante. L’exposition, l’altitude, l’humidité, la circulation de l’air et la présence des murs peuvent modifier les conditions dans lesquelles poussent les cultures. Une terrasse andine est donc bien davantage qu’un simple morceau de montagne aplani : c’est un véritable système agricole.

Une histoire bien plus ancienne que les Incas
Il serait tentant d’attribuer toutes les terrasses du Pérou aux Incas. Ce serait pourtant oublier une histoire beaucoup plus ancienne. Les terrasses agricoles apparaissent dans différentes régions des Andes bien avant la formation de l’Empire inca. Plusieurs sociétés préhispaniques ont développé leurs propres techniques pour exploiter les reliefs, gérer l’eau et améliorer les conditions agricoles. Lorsque les Incas étendent leur empire, ils héritent donc d’un savoir-faire déjà ancien. Ils vont néanmoins développer certains de ces systèmes à une échelle considérable, les intégrer à l’organisation économique de leur empire et aménager de vastes ensembles de terrasses autour des centres de pouvoir et dans les régions agricoles stratégiques.
Les terrasses que l’on observe aujourd’hui sont ainsi le résultat de plusieurs siècles, voire de plusieurs millénaires, d’expérimentation et d’adaptation des sociétés andines à leur environnement.

Comment construit-on une terrasse andine ?
Construire une terrasse demande bien davantage que de bâtir un mur au milieu d’une pente.
Il faut d’abord installer un solide mur de soutènement capable de résister au poids de la terre située derrière lui. L’intérieur de la terrasse est ensuite aménagé avec différents matériaux afin de favoriser le drainage et d’éviter que l’eau ne s’accumule contre le mur. Au-dessus vient la terre cultivable. La conception de l’ensemble doit permettre à l’eau de circuler correctement tout en conservant suffisamment d’humidité pour les cultures. Dans certaines régions, les terrasses sont également associées à des canaux et à des systèmes d’irrigation.
L’entretien est tout aussi important que la construction. Un mur dégradé, un système de drainage obstrué ou une terrasse mal entretenue peuvent rapidement entraîner la perte du sol et la dégradation de l’ensemble du système.À l’échelle d’une vallée entière, cela représente donc un travail considérable. Certains paysages agricoles des Andes sont littéralement des montagnes transformées par des générations de paysans.

Pourquoi en construire autant ?
La question de la fonction agricole ne suffit pourtant pas à expliquer l’immensité de certains ensembles de terrasses. Les sociétés andines préhispaniques ont connu des périodes de peuplement très important. Il fallait nourrir les populations, mais aussi produire suffisamment pour constituer des réserves capables de faire face aux mauvaises récoltes et aux perturbations climatiques. Dans un environnement où les conditions météorologiques pouvaient varier fortement d’une année à l’autre, disposer de réserves constituait un élément essentiel de sécurité.
La production agricole répondait également à des besoins qui dépassaient la simple alimentation quotidienne. Dans les sociétés préhispaniques, une partie des productions pouvait être destinée aux autorités, aux populations mobilisées pour les travaux ou les déplacements, mais aussi aux offrandes et aux cérémonies religieuses. Les terrasses participaient donc à une organisation beaucoup plus vaste de la société. Elles permettaient de produire davantage, mais aussi de mieux contrôler la production et de sécuriser l’approvisionnement. C’est en partie ce contexte qui permet de comprendre pourquoi certains versants des Andes ont été aménagés sur des surfaces aussi considérables.

Des terrasses encore cultivées aujourd’hui
Lorsque l’on contemple une ancienne terrasse depuis un site archéologique, il est facile d’imaginer qu’elle appartient entièrement au passé. Pourtant, certaines terrasses sont toujours cultivées. Dans plusieurs régions andines, des communautés continuent d’utiliser ces aménagements hérités des générations précédentes. Les terrasses monumentales de certaines vallées de Cusco, par exemple, ne sont pas uniquement des vestiges archéologiques : certaines continuent de participer à la vie agricole locale.
À Raqchi, dans la région de Cusco, des terrasses sont également toujours utilisées par les communautés. Ces paysages sont donc parfois à la fois patrimoine et espace agricole vivant. Cette continuité est particulièrement intéressante : un aménagement conçu il y a plusieurs siècles peut encore répondre à un besoin agricole contemporain.

Mais de nombreuses terrasses sont aujourd’hui abandonnées
L’image d’une agriculture andine immuable serait pourtant trompeuse. Dans de nombreuses régions, les terrasses sont aujourd’hui progressivement abandonnées. La principale raison est l’exode rural. Les populations quittent certaines vallées pour rejoindre les villes, notamment celles de la côte. Les terres agricoles perdent alors progressivement la main-d’œuvre nécessaire à leur entretien.
D’autres difficultés s’ajoutent à ce phénomène. Les terrasses sont souvent situées dans des endroits difficiles d’accès. Leur configuration rend la mécanisation agricole très limitée, voire impossible Il existe également une question économique : produire sur ces petites parcelles demande du temps et du travail, alors que les produits agricoles ne sont pas toujours suffisamment valorisés pour rendre cette activité attractive. Certaines terrasses sont donc progressivement délaissées, les murs se dégradent et la végétation reprend peu à peu possession des anciennes parcelles.

Le cas particulier des vallées côtières
Sur la côte péruvienne, certaines anciennes terrasses ont connu une histoire différente. Dans plusieurs vallées, leur fonctionnement dépendait de systèmes d’irrigation qui ont pu être abandonnés ou profondément modifiés dès l’époque coloniale. Le dépeuplement des vallées moyennes et hautes au profit des villes de la côte a également contribué à la disparition de certaines activités agricoles.
Les changements environnementaux et climatiques peuvent eux aussi fragiliser ces systèmes qui dépendent étroitement de la disponibilité de l’eau dans ces vallées désertiques. L’abandon des terrasses n’est donc pas simplement la conséquence du passage du temps. Il est aussi le reflet des profondes transformations économiques, sociales et environnementales que connaissent aujourd’hui les Andes.
Toutes les terrasses ne sont pas agricoles
Il existe pourtant une autre catégorie de terrasses, beaucoup moins connue. Certaines des grandes terrasses que l’on observe dans les sites archéologiques des Andes n’avaient probablement pas pour fonction première de produire des aliments. Les sociétés préhispaniques ont également aménagé de vastes plateformes et terrasses pour organiser les espaces cérémoniels et religieux. Leur fonction pouvait être multiple : créer des surfaces planes, structurer un ensemble architectural, organiser les circulations, mettre en scène certains bâtiments ou accueillir des activités rituelles.
Le site de Choquequirao en offre un exemple spectaculaire. Certaines de ses terrasses sont ornées de représentations de lamas en pierre blanche. Leur présence montre bien que l’on ne peut pas réduire l’ensemble du système à une simple infrastructure agricole. Le complexe de Pukara, sur l’Altiplano, possède lui aussi d’importants aménagements en terrasses associés à son architecture cérémonielle. À Cusco, d’autres ensembles archéologiques comme Sacsayhuamán témoignent également de l’utilisation monumentale des terrasses et plateformes dans l’organisation des espaces incas. Il faut toutefois rester prudent : pour certaines structures archéologiques, leur fonction précise reste discutée. Toutes les terrasses visibles sur un site ancien ne doivent donc pas automatiquement être qualifiées de « terrasses cérémonielles ». Cette diversité rappelle surtout une chose essentielle : dans les Andes, une terrasse peut être agricole, hydraulique, architecturale, monumentale ou cérémonielle.

Où admirer les terrasses des Andes ?
Ces paysages sont présents dans une grande partie du Pérou. Quelques régions permettent toutefois de les observer de manière particulièrement spectaculaire.
Le canyon de Colca
Le canyon de Colca est probablement l’un des exemples les plus impressionnants de terrasses agricoles encore visibles dans les Andes. Sur les versants, les parcelles dessinent de longues bandes qui suivent les reliefs. Certaines sont toujours cultivées par les communautés locales, tandis que d’autres ont été abandonnées. Le paysage permet ainsi d’observer à la fois l’ancienneté du système et les transformations actuelles de l’agriculture andine.

La Vallée Sacrée
Autour de Cusco, la Vallée Sacrée conserve de nombreux ensembles de terrasses monumentales. Certaines sont particulièrement spectaculaires par leur taille et leur architecture. D’autres continuent à être intégrées aux activités agricoles des communautés. C’est également une région où les terrasses sont intimement liées aux anciens centres de pouvoir incas.

Vilcabamba
Plus à l’est de Cusco, les paysages de Vilcabamba permettent de découvrir des aménagements agricoles dans un environnement montagneux particulièrement marqué. La région rappelle que les grands systèmes de terrasses ne se limitent pas aux sites les plus fréquentés du tourisme péruvien.

Nor Yauyos-Cochas et la vallée de Cañete
La réserve paysagère Nor Yauyos-Cochas, dans la région de Lima, offre un autre exemple remarquable de paysages agricoles de montagne. Ici encore, les terrasses s’intègrent à des vallées où les communautés ont depuis longtemps adapté leurs pratiques agricoles aux contraintes du relief et de l’eau.

Entre Puno et Cusco
La route qui relie les deux villes traverse également de nombreux paysages agricoles d’altitude. Dans cette région de l’Altiplano, les terrasses prennent place dans un environnement très différent de celui des vallées profondes de Cusco ou du Colca. Le site archéologique de Pukara permet notamment d’associer la découverte de ces paysages à celle d’un ancien centre cérémoniel majeur de l’Altiplano.

Des montagnes façonnées par les hommes
Des terrasses viticoles de l’Ardèche aux paysages agricoles du Valais, les montagnes européennes portent elles aussi les traces du travail de générations de paysans. Les Andes ne font pas exception. Ce qui impressionne ici, c’est peut-être moins l’existence des terrasses que leur ampleur, leur ancienneté et la diversité de leurs fonctions.
Certaines nourrissent encore aujourd’hui des communautés. D’autres sont devenues des vestiges archéologiques. Certaines disparaissent lentement sous l’effet de l’exode rural et des transformations économiques. D’autres ont été conçues non pour cultiver, mais pour organiser des espaces cérémoniels et monumentaux. Alors, la prochaine fois que vous apercevrez ces longues lignes qui découpent les montagnes du Sud Pérou, ne les regardez peut-être plus comme un simple décor. Elles racontent une histoire de peuplement, d’agriculture, d’ingénierie, de religion et d’adaptation à la montagne.
Et c’est aussi ce qui fait leur intérêt lors d’un voyage : dans le canyon de Colca, dans les vallées de Cusco, autour de Puno ou sur les anciennes routes andines, comprendre les terrasses permet de regarder le paysage autrement. Découvrir le Sud Pérou, c’est aussi apprendre à lire ces paysages façonnés par les hommes.
Abonnez-vous
Et recevez nos secrets pour vivre l'aventure au cœur des Andes.
Pourquoi voyager avec nous ?
Agence de voyage et tour opérateur à taille humaine
Aucune sous-traitance : nous gérons chaque détail en direct. Cette approche garantit expertise, tarifs justes et accompagnement personnalisé pour chaque voyageur.
Visites et activités de qualité
Notre philosophie : visiter moins, mais mieux. Nous favorisons les rencontres humaines, les échanges culturels et l'artisanat local pour une immersion authentique et enrichissante.
Treks de qualité dans les cordillères oubliées
Itinéraires confidentiels, petits groupes, guides experts, cuisine soignée et sécurité optimale : nos treks offrent une expérience unique et sereine au cœur des Andes.
Expertise réelle des Andes
Plus de 10 ans d'expérience dans le guidage et l'exploration nous permettent d'organiser des treks, expéditions et voyages sur mesure à travers le Pérou et toute la cordillère des Andes, loin du tourisme de masse.
Tourisme responsable, éthique et hors des sentiers battus
Nous privilégions un tourisme respectueux : partenaires locaux équitables, hébergements familiaux, circuits dans des zones protégées, et sensibilisation à la préservation de l’environnement andin.